Moins porter, plus engager : un changement de posture décisif
- Claire Sverzut

- 5 janv.
- 4 min de lecture
Dans les environnements de direction, la pression est forte, les responsabilités multiples et les interactions humaines intenses. Dans ce contexte, beaucoup de leaders agissent avec de bonnes intentions… tout en s’enfermant, parfois de manière inconsciente, dans des schémas relationnels contre-productifs.
C’est précisément ce que décrit Le triangle dramatique de Karpman.
Le triangle dramatique : un piège relationnel fréquent chez les leaders
Le triangle de Karpman met en lumière trois rôles dans lesquels nous pouvons basculer, souvent inconsciemment :
Le Sauveur, qui aide, prend en charge, anticipe… parfois à l’excès
La Victime, qui subit, se sent impuissante ou incomprise
Le Persécuteur, qui critique, contrôle ou met sous pression
Dans les organisations, ces rôles sont omniprésents :
dirigeants qui “portent tout”,
managers épuisés qui se sentent seuls face aux décisions,
équipes dépendantes ou en résistance.
Ce que j’ai compris, trop tard… puis juste à temps
Pendant longtemps, j’ai occupé majoritairement deux places dans ce triangle : Sauveur et Victime.
Sauveur, parce que je pensais que soutenir signifiait résoudre, absorber, protéger.
Victime, parce qu’à force de trop donner, je me sentais fatiguée, frustrée, parfois même invisible.
Le déclic est venu le jour où j’ai compris une distinction fondamentale : aider n’est pas sauver.
Sauver, c’est prendre la responsabilité de l’autre
Aider, c’est accompagner l’autre à prendre sa propre responsabilité
Et surtout, j’ai compris quelque chose de structurant pour un dirigeant : je suis entièrement responsable de moi-même, de mes émotions, de mes réactions, de mes choix relationnels.
Cette prise de conscience a profondément transformé ma posture de leader et de coach.
Une autre lecture possible : responsabilité, exigence et soutien
Ce que j’ai compris ensuite, c’est qu’il existe une autre manière d’être en relation, plus mature et plus efficace.
Stephen Karpman évoque également un triangle dit “compassionnel”. Non pas pour analyser davantage, mais pour montrer une issue. Il ne s’agit plus de sauver, subir ou contrôler, mais de :
soutenir sans se substituer,
assumer sans s’écraser,
poser un cadre sans agresser.
Concrètement, cela change profondément le leadership :
Je soutiens sans prendre la responsabilité de l’autre
J’assume ma part sans me positionner en victime
Je cadre avec clarté, sans pression inutile
Ce n’est pas être “gentil”. C’est être plus adulte, plus responsabilisant et plus performant.
Comment sortir concrètement du triangle dramatique
Sortir du triangle ne se fait pas par la volonté seule. Cela passe par des micro-changements de posture, simples mais exigeants.
1. Identifier son rôle dominant (sans se juger)
Première étape : observer.
Où ai-je tendance à sauver ?
Quand est-ce que je me sens victime ?
Quand est-ce que je bascule dans le contrôle ou la dureté ?
Nommer et conscientiser le rôle, c’est déjà commencer à en sortir.
2. Passer du Sauveur à l’Aidant
Un dirigeant aidant :
pose des questions plutôt que des solutions,
clarifie le cadre,
laisse l’autre faire, décider, apprendre.
Question clé à se poser :« Est-ce que ce que je fais développe l’autonomie… ou la dépendance ? »
3. Quitter la posture de Victime par la responsabilité
Sortir de la Victime ne veut pas dire nier les difficultés. Cela signifie reprendre la main sur :
ce que je ressens,
ce que je choisis,
ce que je demande.
Question puissante :« Quelle est ma part de responsabilité dans ce qui se joue ici ? »
4. Transformer le Persécuteur en leader cadrant
Derrière le Persécuteur, il y a souvent :
une exigence non exprimée,
une limite mal posée,
une peur de perdre le contrôle.
Un leader mature :
pose un cadre clair,
exprime ses attentes sans agressivité,
régule sans écraser.
5.Quand le “persécuteur” est perçu comme son chef : comment sortir de la dynamique ?
C’est une situation fréquente, et délicate. Quand le Persécuteur est vécu comme “mon chef”, trois réalités se superposent :
une asymétrie de pouvoir réelle,
une charge émotionnelle forte (pression, peur, injustice),
une dynamique relationnelle qui peut rapidement enfermer.
La vraie question n’est pas :« Mon chef est-il un persécuteur ? »mais plutôt :« Quelle posture puis-je adopter pour sortir de la dynamique ? »
Revenir aux faits avant de réagir
Première étape : distinguer les faits observables de l’interprétation.
Qu’est-ce qui est demandé concrètement ?
Qu’est-ce qui relève du cadre et des objectifs ?
Qu’est-ce que je vis comme une attaque personnelle ?
Un cadre exigeant n’est pas automatiquement une persécution.
Revenir aux faits, c’est déjà reprendre du pouvoir.
Sortir de la posture de Victime, même quand le pouvoir est réel
Même face à un supérieur hiérarchique difficile, rester en posture de Victime enferme :
silence,
rumination,
désengagement passif.
Sortir de cette posture ne signifie pas se soumettre.Cela signifie reprendre sa responsabilité relationnelle.
La question clé devient :« Qu’est-ce qui dépend de moi dans cette relation ? »
Repositionner la relation sur le travail, pas sur la personne
Une sortie efficace du triangle consiste à déplacer l’échange :
du registre émotionnel,
vers le registre opérationnel.
Par exemple :
“Pour atteindre cet objectif, j’ai besoin de clarifier les priorités. Qu’est-ce qui est non négociable pour vous ?”
On ne se justifie pas. On re-centre sur la mission.
Nommer un besoin sans attaquer
Quand c’est possible, une posture adulte consiste à formuler une demande claire :
“J’ai besoin de feedback précis pour avancer”
“Quand les délais changent sans explication, cela impacte mon organisation”
“Ce qui m’aiderait, c’est de savoir ce qui est prioritaire”
Ce n’est ni une plainte, ni une accusation. C’est un acte de leadership.
Et si le comportement reste réellement destructeur ?
Sortir du triangle ne veut pas dire tout accepter. Si les comportements restent humiliants, incohérents ou destructeurs, la posture adulte consiste à :
documenter les faits,
activer des relais (RH, N+2),
ou réfléchir lucidement à une sortie du système.
La maturité, ce n’est pas l’endurance. C’est le choix conscient.
6. Installer une posture adulte dans l’équipe
Collectivement, sortir du triangle passe par :
des rôles et responsabilités explicites,
le droit de dire non,
des espaces de régulation émotionnelle,
une culture du feedback responsable (feedforward).
Un dirigeant qui sort du triangle :
ne fait pas “moins”,
il fait juste, au bon endroit.
Une question pour vous, cette semaine
Dans vos interactions récentes :
Où avez-vous pris trop de responsabilité ?
Où avez-vous abandonné la vôtre ?
Quelle serait la prochaine posture adulte à adopter ?
Le leadership le plus puissant n’est pas celui qui sauve. C’est celui qui rend chacun responsable, engagé et libre.

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